{"id":83,"date":"2022-11-30T08:31:32","date_gmt":"2022-11-30T07:31:32","guid":{"rendered":"https:\/\/psy-science.fr\/?p=83"},"modified":"2024-12-02T14:47:53","modified_gmt":"2024-12-02T13:47:53","slug":"le-stress-professionnel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.psy-science.fr\/index.php\/2022\/11\/30\/le-stress-professionnel\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9venir le stress professionnel"},"content":{"rendered":"\n<p>Le stress au travail est devenu un sujet d\u2019actualit\u00e9 ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. Cependant, que recouvre ce terme ?<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup de programmes de bien-\u00eatre, formations \u00ab&nbsp;bonheur&nbsp;\u00bb et professions \u00ab&nbsp;bonheur&nbsp;\u00bb pr\u00e9tendent lutter contre le stress au travail. Est-ce vraiment le cas ?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif est de comprendre ce qu\u2019est un environnement professionnel stressant et les marges de man\u0153uvre \u00e0 disposition des travailleurs et employeurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quand se produit le stress ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le stress r\u00e9sulte d&rsquo;une combinaison de facteurs de stress (facteurs externes) et d&rsquo;une stressabilit\u00e9 (facteurs internes). Les r\u00e9actions physiologiques du stress am\u00e8nent \u00e0 l&rsquo;un des trois m\u00e9canismes suivants : la fuite, la lutte ou l&rsquo;inhibition. Chacun de ces m\u00e9canismes am\u00e8ne \u00e0 des \u00e9motions, des pens\u00e9es et des comportements distincts.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"835\" height=\"461\" src=\"https:\/\/www.psy-science.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Stress-Lazarus-et-Folkman.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1503\" style=\"width:517px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.psy-science.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Stress-Lazarus-et-Folkman.jpg 835w, https:\/\/www.psy-science.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Stress-Lazarus-et-Folkman-300x166.jpg 300w, https:\/\/www.psy-science.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Stress-Lazarus-et-Folkman-768x424.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 835px) 100vw, 835px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Figure 1 : Mod\u00e8le transactionnel de Lazarus et Folkman issu de Untas, Koleck, Rascles et Bruchon-Schweitzer (2012)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le mod\u00e8le transactionnel de Lazarus et Folkman (figure 1) stipule que le stress r\u00e9sulte d&rsquo;une double \u00e9valuation : l\u2019individu \u00e9value qu&rsquo;il n&rsquo;a pas les ressources suffisantes pour r\u00e9pondre aux contraintes de la situation rencontr\u00e9e. Cette \u00e9valuation peut \u00eatre influenc\u00e9e par diff\u00e9rents facteurs comme l\u2019efficacit\u00e9 des strat\u00e9gies d\u00e9j\u00e0 mises en place par la personne pour r\u00e9soudre la situation. C&rsquo;est \u00e9galement la d\u00e9finition retenue par des instituts comme l&rsquo;INRS pour la pr\u00e9vention des risques psychosociaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Fradin et ses collaborateurs (2020) proposent une seconde hypoth\u00e8se en dissociant le stress physiologique li\u00e9 \u00e0 un danger et le stress cognitif li\u00e9 \u00e0 nos pens\u00e9es. Dans ce second cas, le stress serait un signal d&rsquo;alerte li\u00e9 \u00e0 une incoh\u00e9rence dans la r\u00e9ponse cognitive apport\u00e9e par l&rsquo;individu \u00e0 la situation (mauvaise activation c\u00e9r\u00e9brale pour r\u00e9pondre \u00e0 la difficult\u00e9, pers\u00e9v\u00e9rance malgr\u00e9 les \u00e9checs &#8230;). Cette approche sera d\u00e9velopp\u00e9e plus tard dans l&rsquo;article.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pourquoi le stress est d\u00e9l\u00e9t\u00e8re ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si la r\u00e9action de stress est initialement une r\u00e9action utile, il est essentiel de distinguer le stress ponctuel li\u00e9 \u00e0 un danger (par exemple, j&rsquo;aper\u00e7ois un animal dangereux au loin, la r\u00e9action de stress me met dans une \u00e9tat qui sera favorable \u00e0 ma survie comme l&rsquo;attaque ou la fuite) et le stress chronique (nos stresseurs ne sont plus des \u00e9v\u00e9nements ponctuels mais des conditions de vie ou de travail r\u00e9guli\u00e8res, que je ne pourrai donc pas attaquer ou fuir et qui n\u00e9cessiteraient d&rsquo;autres types d&rsquo;action). <\/p>\n\n\n\n<p>La vid\u00e9o suivante, r\u00e9alis\u00e9e par l&rsquo;INRS, d\u00e9montre bien la diff\u00e9rence entre ces deux types de stress et l&rsquo;aspect nocif du stress chronique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Les m\u00e9canismes du stress au travail\" width=\"640\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/B9P9k7o8Nxg?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Pour comprendre les d\u00e9g\u00e2ts provoqu\u00e9s par le stress chronique, il est n\u00e9cessaire de s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 la charge allostatique, d\u00e9finie comme le co\u00fbt pour le corps de l&rsquo;exposition chronique aux variations de diff\u00e9rents syst\u00e8mes comme le syst\u00e8me nerveux et le syst\u00e8me endocrinien en r\u00e9ponse adaptative \u00e0 des contextes environnementaux stressants (McEwen et Stellar, 1993), qui est de plus en plus \u00e9tudi\u00e9e en lien avec le d\u00e9veloppement de pathologies chroniques comme le diab\u00e8te (Bordaberry, 2023) ou les maladies cardiaques (Logan et Barksdale, 2008) par exemple. <\/p>\n\n\n\n<p>Plus la charge allostatique est importante, plus les r\u00e9percussions sur la sant\u00e9 sont probables et importantes. Aussi, pour pr\u00e9senter cet aspect, selon Bordaberry (2023), il est possible de distinguer plusieurs \u00e9tats : l&rsquo;hom\u00e9ostasie (situation d&rsquo;\u00e9quilibre), la charge allostatique (le corps peut se r\u00e9\u00e9quilibrer), la surcharge allostatique et l&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9r\u00e9gulation. Les situations de surcharge et de d\u00e9r\u00e9gulation sont des situations nuisibles pour la sant\u00e9 physique et psychologique. Certains crit\u00e8res tels que la pr\u00e9sence d&rsquo;un ou plusieurs stresseurs pouvant d\u00e9passer la personne et, apr\u00e8s six mois, des changements physiologiques ou comportementaux (comme une insomnie, une perte d&rsquo;app\u00e9tit, de la tristesse, de l&rsquo;\u00e9nervement &#8230;), un retrait social ou une disparition des loisirs ainsi qu&rsquo;un sentiment persistant d&rsquo;\u00eatre d\u00e9pass\u00e9 doivent alerter sur une situation de surcharge allostatique et orienter vers des professionnels comp\u00e9tents.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, nous allons nous int\u00e9resser au contexte professionnel mais il est important, pour prendre en compte la charge allostatique, de se rappeler que nos diff\u00e9rentes sph\u00e8res de vies ne sont pas cloisonn\u00e9es, les concepts de vie personnelle et de vie professionnelle sont une construction sociale. Pour le corps, il n&rsquo;y a pas de diff\u00e9rence fondamentale entre entretenir ses haies chez soi ou entretenir les espaces verts du lieu o\u00f9 l&rsquo;on travaille par exemple. Les charges de la vie personnelle et de la vie professionnelle peuvent se cumuler, comme le rappelle Bordaberry (2023). Donc, pour faire simple et forc\u00e9ment trop caricatural, un \u00e9tudiant devant travailler \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ses \u00e9tudes n&rsquo;aura pas la m\u00eame charge allostatique que son homologue n&rsquo;ayant pas \u00e0 travailler, un employ\u00e9 pr\u00e9parant un concours ou reprenant des \u00e9tudes n&rsquo;aura pas la m\u00eame charge allostatique que le m\u00eame employ\u00e9 travaillant dans les m\u00eames conditions mais n&rsquo;ayant pas ces \u00e0 c\u00f4t\u00e9s. Bien-s\u00fbr, l&rsquo;objectif n&rsquo;est pas d&rsquo;indiquer telle ou telle cat\u00e9gorie de personnes comme plus impact\u00e9e car nous ne savons pas si l&rsquo;\u00e9tudiant sans emploi \u00e0 c\u00f4t\u00e9 est parent de jeunes enfants, a une relation conjugale compliqu\u00e9e ou doit r\u00e9aliser des travaux importants chez lui apr\u00e8s ses \u00e9tudes, nous ne savons pas si le salari\u00e9 s&rsquo;occupe de proches malades etc. L&rsquo;id\u00e9e cl\u00e9 est que diff\u00e9rents stresseurs de la vie personnelle et de la vie professionnelle se cumulent et qu&rsquo;on ne peut donc pas penser avec trop de simplicit\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 conditions de travail \u00e9gales les individus sont dans la m\u00eame situation de charge allostatique et donc dans le m\u00eame \u00e9tat. En plus de ces \u00e9l\u00e9ments, diff\u00e9rentes variables culturelles peuvent g\u00e9n\u00e9rer un stress compl\u00e9mentaire chez l&rsquo;individu (comme par exemple la pression sociale sur certains sujets comme le statut social, faisant que certains sujets comme une promotion au travail ou les items de l&rsquo;\u00e9valuation professionnelle g\u00e9n\u00e9reront plus de stress chez certains que chez d&rsquo;autres).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui peut favoriser le stress au travail ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La litt\u00e9rature scientifique met en avant deux grands mod\u00e8les :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Le mod\u00e8le de Karasek<\/strong> consid\u00e8re que le stress r\u00e9sulte d\u2019une situation de forte demande psychologique (c&rsquo;est \u00e0 dire ce qui va puiser dans mes ressources psychologiques, comme les interruptions de t\u00e2che par exemple) associ\u00e9e \u00e0 une faible latitude d\u00e9cisionnelle (c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qui me permettra pas d&rsquo;agir sur mes conditions de travail, comme un manque d&rsquo;autonomie dans l&rsquo;\u00e9laboration de mes objectifs ou dans la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper mes comp\u00e9tences par exemple). On parle alors de \u00ab&nbsp;job strain&nbsp;\u00bb ou tension au travail. Le mod\u00e8le permet potentiellement de distinguer 3 autres profils (nomm\u00e9s actif, passif et d\u00e9tendu) en fonction de l&rsquo;\u00e9quilibre entre la demande psychologique et la latitude d\u00e9cisionnelle, mais nous ne d\u00e9velopperons pas ces aspects ici. Le soutien social vient s\u2019ajouter comme un facteur aggravant potentiel, son absence pouvant mettre la personne en isolement et cr\u00e9er la situation de \u00ab&nbsp;iso strain&nbsp;\u00bb.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Le mod\u00e8le de Siegrist<\/strong> consid\u00e8re que le stress r\u00e9sulte d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre entre les efforts extrins\u00e8ques ou intrins\u00e8ques mis en \u0153uvre par le salari\u00e9 et les r\u00e9compenses ou la reconnaissance qu\u2019il re\u00e7oit par son employeur. <\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Ces deux mod\u00e8les ne sont pas en comp\u00e9tition et peuvent \u00eatre utilis\u00e9s par les psychologues du travail de fa\u00e7on compl\u00e9mentaire, avec le mod\u00e8le de Lazarus et Folkman, pour comprendre les situations des professionnels et identifier les leviers \u00e0 activer afin de prot\u00e9ger les salari\u00e9s des situations de stress chronique au travail.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sur quoi puis-je agir pour me prot\u00e9ger ou prot\u00e9ger mes salari\u00e9s du stress ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Conform\u00e9ment aux mod\u00e8les que nous avons pu \u00e9voquer plus t\u00f4t, les leviers pour agir sur le stress sont nombreux et ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9sum\u00e9s dans la figure 2 qui suit.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"825\" height=\"241\" src=\"https:\/\/psy-science.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Carte-mentale-stress-pro-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-87\" srcset=\"https:\/\/www.psy-science.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Carte-mentale-stress-pro-1.png 825w, https:\/\/www.psy-science.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Carte-mentale-stress-pro-1-300x88.png 300w, https:\/\/www.psy-science.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Carte-mentale-stress-pro-1-768x224.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 825px) 100vw, 825px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Figure 2 : Facteurs de risques du stress au travail<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Nous pouvons ajouter des param\u00e8tres tels que le sentiment de s\u00e9curit\u00e9 psychologique qui est essentiel et facilitera l&rsquo;expression, par les travailleurs, de leurs difficult\u00e9s ou \u00e9checs en situation de stress professionnel. Pour en savoir plus sur la s\u00e9curit\u00e9 psychologique et comment la d\u00e9velopper au travail, nous vous invitons \u00e0 lire <a href=\"https:\/\/www.psy-science.fr\/index.php\/2023\/06\/16\/agir-sur-le-sentiment-de-securite-psychologique\/\" data-type=\"post\" data-id=\"453\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">l&rsquo;article d\u00e9di\u00e9<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>En plus de ces actions visant \u00e0 pr\u00e9venir les sources de stress professionnel dans l&rsquo;organisation du travail et les conditions de travail, certains chercheurs et auteurs ont pu d\u00e9velopper des pr\u00e9conisations individuelles \u00e0 destination des travailleurs concern\u00e9s. Il s&rsquo;agit, pour certaines de ces actions, de r\u00e9duire le niveau d&rsquo;activation physiologique comme par exemple avec les invitations aux techniques de pleine conscience ou aux techniques de relaxation. Cependant, se focaliser uniquement sur ces techniques ne permet pas d&rsquo;aider tous les salari\u00e9s. Comme le rappelle Bordaberry (2023), une technique de relaxation pourra fonctionner avec certaines personnes et ne pas fonctionner avec d&rsquo;autres en fonction du fonctionnement de chacun : S&rsquo;agit-il bien d&rsquo;un probl\u00e8me associ\u00e9 aux r\u00e9actions physiologiques du stress ? La relaxation peut-elle me donner un temps pour me focaliser sur autre chose que le stresseur (comme ma respiration) afin de faciliter une r\u00e9\u00e9valuation de ma situation ? Ou devrais-je plut\u00f4t travailler sur d&rsquo;autres aspects comme mon \u00e9valuation des contraintes de la situation, l&rsquo;\u00e9valuation de mes ressources pour y faire face ou le d\u00e9veloppement de nouvelles strat\u00e9gies de faire face ? Parfois, si l&rsquo;on reste \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle individuelle, des actions mixtes apparaitront plus pertinentes (par exemple avec une association de m\u00e9ditation et de travail sur les cognitions comme dans les programmes de mindfulness-based stress reduction).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"642\" height=\"471\" src=\"https:\/\/www.psy-science.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/MNC-Stress.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2090\" srcset=\"https:\/\/www.psy-science.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/MNC-Stress.jpg 642w, https:\/\/www.psy-science.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/MNC-Stress-300x220.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 642px) 100vw, 642px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Figure 3 : Mod\u00e8le neurocognitif du stress de Fradin et Lefran\u00e7ois<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Faisons un focus sur le mod\u00e8le neurocognitif du stress th\u00e9oris\u00e9 par les \u00e9quipes de Fradin (figure 3) qui consid\u00e8re le stress comme un signal d&rsquo;alerte. L&rsquo;approche de Fradin et ses collaborateurs, pour faire simple, consid\u00e8re en effet que plusieurs modes mentaux existent et font appel \u00e0 des niveaux d&rsquo;activation de zones c\u00e9r\u00e9brales diff\u00e9rents. Le mode mental automatique, majoritairement associ\u00e9 \u00e0 une forte activation du cerveau limbique, s&rsquo;active parfois face aux situations probl\u00e9matiques et essaie d&rsquo;y r\u00e9pondre gr\u00e2ce \u00e0 des comportements instinctifs ou conditionn\u00e9s par des apprentissages ant\u00e9rieurs. Ce mode, utile pour des situations quotidiennes, habituelles, est ici g\u00e9n\u00e9rateur d&rsquo;erreur, de rigidit\u00e9 et de pers\u00e9v\u00e9rance. Le mode mental dit pr\u00e9frontal qui serait plus adapt\u00e9 \u00e0 ces situations probl\u00e9matiques, devant cette inad\u00e9quation, d\u00e9clenche un signal d&rsquo;alerte, le stress, pour pousser \u00e0 utiliser des modes alternatifs de r\u00e9solution du probl\u00e8me. Cependant, cette ouverture \u00e0 des modes alternatifs est difficile en raison des diff\u00e9rences de fonctionnement entre le mode mental automatique et le mode mental pr\u00e9frontal, et la r\u00e9sistance au changement de mode de r\u00e9solution du probl\u00e8me accroit le stress. Les auteurs proposent alors des pr\u00e9conisations dans le but de faciliter le \u00ab\u00a0switch\u00a0\u00bb entre les modes mentaux automatique et pr\u00e9frontal afin de prendre conscience du stress, de comprendre l&rsquo;information qu&rsquo;il nous v\u00e9hicule et d&rsquo;adapter au mieux notre fonctionnement en fonction des situations et enjeux. Les pr\u00e9conisations renvoient, pour certaines, \u00e0 des activit\u00e9s proches des exercices utilis\u00e9s en th\u00e9rapies cognitives et comportementales. Pour plus d&rsquo;informations, voir le livre de Fradin et ses \u00e9quipes (2020) dans la bibliographie. Nous appelons, comme le font les formateurs de cette approche, \u00e0 ne pas envisager la pr\u00e9vention du stress \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle uniquement individuelle. Ces actions individuelles peuvent en revanche permettre de mettre la personne concern\u00e9e dans de meilleures dispositions pour ensuite agir sur ses facteurs de risques.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, rappelons qu&rsquo;une strat\u00e9gie de pr\u00e9vention repose sur trois niveaux : <\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La pr\u00e9vention primaire : agir \u00e0 la source en modifiant l&rsquo;organisation et les conditions de travail pour pr\u00e9venir les facteurs sources de stress. Il s&rsquo;agira d&rsquo;agir sur les diff\u00e9rents leviers pr\u00e9sent\u00e9s en amont dans la figure et correspondant aux mod\u00e8les de Lazarus et Folkman, de Karasek et de Siegrist.<\/li>\n\n\n\n<li>La pr\u00e9vention secondaire : mieux armer les collaborateurs pour faire face aux facteurs de risques. Il s&rsquo;agira ici d&rsquo;outiller et former les collaborateurs concernant les facteurs de risques (ex : charge de travail, rythme de travail, gestion des priorit\u00e9s, flux des d\u00e9lais, formations manag\u00e9riales) et de sensibiliser et former les collaborateurs concernant la gestion du stress. L&rsquo;approche neurocognitive et comportementale de Fradin et ses coll\u00e8gues peut \u00eatre utile \u00e0 ce niveau de pr\u00e9vention car se focalise davantage sur l&rsquo;attitude de l&rsquo;individu (qu&rsquo;ils nomment contenant) face aux situations stressantes (qu&rsquo;ils nomment contenus) que sur une action directe sur ces situations.<\/li>\n\n\n\n<li>La pr\u00e9vention tertiaire : prendre en charge et accompagner les collaborateurs qui parfois ont atteint un niveau de d\u00e9tresse important, les accompagner dans le retour \u00e0 l&#8217;emploi si n\u00e9cessaire. Travailler en \u00e9troite collaboration avec les services de pr\u00e9vention et de sant\u00e9 au travail ou renforcer ses \u00e9quipes \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;acteurs sp\u00e9cialis\u00e9s en sant\u00e9 au travail, pour les plus grosses organisations, peut r\u00e9pondre \u00e0 cet enjeu.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons pu parler, dans notre article, de diff\u00e9rentes \u00e9chelles d&rsquo;intervention et donc notamment des exemples d&rsquo;actions centr\u00e9es sur l&rsquo;individu ou d&rsquo;actions plus collectives et organisationnelles. Il est utile et important de noter que, dans un r\u00e9cent article, William J. Fleming qui est docteur en sociologie et chercheur au centre de recherche sur le bien-\u00eatre \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Oxford pr\u00e9sente les r\u00e9sultats d&rsquo;une \u00e9tude qui d\u00e9montrent que les interventions centr\u00e9es uniquement sur l&rsquo;individu, comme les programmes de pleine conscience, les cours de gestion de stress, les programmes de r\u00e9silience ou programmes de relaxation, ne g\u00e9n\u00e8rent pas de b\u00e9n\u00e9fice sur le bien-\u00eatre des travailleurs ayant particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude. L&rsquo;auteur explique cela en exploitant le mod\u00e8le de Karasek en indiquant que ces interventions individuelles visent en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 enseigner \u00e0 utiliser des strat\u00e9gies de faire face permettant de mieux faire face \u00e0 la demande psychologique, mais ne parviennent pas \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cet objectif ou enseignent des strat\u00e9gies inad\u00e9quates par rapport au contexte sp\u00e9cifique des individus. Certains effets paradoxaux sont parfois identifi\u00e9s pour les programmes de pleine conscience ou de r\u00e9silience comme la perception d&rsquo;un soutien organisationnel (normalement ressource importante), mais une absence de b\u00e9n\u00e9fice en termes de bien-\u00eatre. L&rsquo;une des hypoth\u00e8ses explicatives de l&rsquo;auteur, au regard des items ayant servi \u00e0 son enqu\u00eate, serait que les salari\u00e9s se sentent soutenus individuellement mais estiment que l&#8217;employeur ne remplit pas son r\u00f4le en restant \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;individu et non de l&rsquo;organisation. L&rsquo;auteur invite enfin en conclusion \u00e0 r\u00e9aliser de nouvelles \u00e9tudes pour v\u00e9rifier les effets des interventions individuelles combin\u00e9es \u00e0 des interventions organisationnelles (Fleming, 2024).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mais que doit-on penser des actions \u00ab&nbsp;bonheur&nbsp;\u00bb ?<\/strong><br>Nous appelons ici actions \u00ab&nbsp;bonheur&nbsp;\u00bb les d\u00e9marches mises en \u0153uvre par certaines entreprises et administrations pour pr\u00e9tendre agir sur la qualit\u00e9 de vie au travail sans forc\u00e9ment interroger les conditions de travail ou les ressources pour faire face aux exigences du travail. Il peut s&rsquo;agir de salles de sieste, babyfoot, fontaine \u00e0 chocolat, chief happiness officer, cours de danse le midi \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ces actions ne sont pas toxiques en elles-m\u00eame mais ne peuvent pr\u00e9venir le stress professionnel dans la mesure o\u00f9 elles ne permettent pas d\u2019agir sur les facteurs de risques ou sur le rapport entre exigences et ressources.<\/p>\n\n\n\n<p>En soi, elles peuvent apporter du confort, un sentiment que l&#8217;employeur souhaite prendre soin de nous, de la convivialit\u00e9 \u00e9ventuelle, mais pas davantage. Parfois, elles ont des effets n\u00e9gatifs (par exemple quand ces actions viennent justifier des exigences accrues pour le travail, quand elles cr\u00e9ent une porosit\u00e9 plus importante entre vie personnelle et vie professionnelle, quand elles divisent les \u00e9quipes en sous-groupes en fonction des participants aux activit\u00e9s, etc.). Les professionnels sp\u00e9cialistes les d\u00e9crient beaucoup quand celles-ci se substituent \u00e0 une r\u00e9elle d\u00e9marche de qualit\u00e9 de vie au travail ou une r\u00e9elle interrogation des conditions de travail dans le but de prot\u00e9ger les salari\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour aller plus loin, nous vous invitons \u00e0 lire ces r\u00e9f\u00e9rences :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Bordaberry, P. (2023). <em>Ce n&rsquo;est pas toi le probl\u00e8me.<\/em> Leduc.<\/li>\n\n\n\n<li>Fleming, W. J. (2024). Employee well-being outcomes from individual-level mental health interventions : cross-sectional evidence from the United Kingdom. <em>Industrial relations journal<\/em>. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/irj.12418\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/irj.12418<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/www.psy-science.fr\/index.php\/2023\/12\/08\/jacques-fradin-lintelligence-du-stress\/\" data-type=\"post\" data-id=\"1513\">Fradin, J., Aalberse, M., Gaspar, L., Lefran\u00e7ois, C. et Le Moullec, F. (2020). <em>L\u2019intelligence du stress&nbsp;: Mieux vivre avec les neurosciences<\/em>. Eyrolles.<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Lefebvre, B. et Poirot, M. (2015). <em>Stress et risques psychosociaux au travail<\/em>. Elsevier Masson.<\/li>\n\n\n\n<li>Logan, J. G. et Barksdale, D. J. (2008). Allostasis and allostatic load : expanding the discourse on stress and cardivascular disease. <em>Journal of clinical nursing, 17<\/em>(7B), 201-208. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1365-2702.2008.02347.x\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1365-2702.2008.02347.x<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/psy-science.fr\/index.php\/2022\/11\/30\/tony-machado-la-prevention-des-risques-psychosociaux\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Machado, T. (2015). <em>La pr\u00e9vention des risques psychosociaux<\/em>. Presses universitaires de Rennes.<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>McEwen, B. S. et Stellar, E. (1993). Stress and the individual. Mechanisms leading to disease. <em>Archives of internal medicine, 153<\/em>(18), 2093-2101. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archinte.1993.00410180039004\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archinte.1993.00410180039004<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>Zawieja, P. et Guarneri, F. (2014). <em>Dictionnaire des risques psychosociaux<\/em>. Seuil.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Source de la figure repr\u00e9sentant le mod\u00e8le transactionnel du stress de Lazarus et Folkman :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Untas, A., Koleck, M., Rascle, N., et Bruchon-Schweitzer, M. (2012). Du mod\u00e8le transactionnel \u00e0 une approche dyadique en psychologie de la sant\u00e9.&nbsp;<em>Psychologie Fran\u00e7aise<\/em>,&nbsp;<em>57<\/em>(2), 97\u2011110.&nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.psfr.2012.03.004\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.psfr.2012.03.004<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Article mis \u00e0 jour le 24.01.2024 pour int\u00e9grer deux r\u00e9f\u00e9rences r\u00e9centes.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le stress au travail est devenu un sujet d\u2019actualit\u00e9 ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. 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